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19 Mai 2012, St Yves
Recherche de l'ultime métaphysique
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Thomisme vivant

 

Une science étouffée

 

Il est évident que la pensée unique, en matière de philosophie, qui façonne la plupart des structures mentales françaises, la conduit à donner les images de ce qu’elle est au fil de l’évolution de la recherche philosophique. L’ennui est que cette description pêche par des travestis, des claudications mentales, une ignorance feinte entretenue et finalement un choix injustifié – puisque réfuté dès l’origine – d’une voie qui ne pouvait que mener à la faillite d’une métaphysique ainsi décrite.

Nommer cette ligne ‘pensée unique’ se justifie par l’enseignement officiel et laïque de la philosophie. Très rarement remise en question car les contestataires s’entendent traités d’obscurantistes, de suppôts de théories dépassées par de nouveaux systèmes, et ce, depuis Descartes. Mais tous découlent de cet aiguillage boiteux  cité plus haut. « Parvus error in principio, magnus est in fine » -Thomas d’Aquin, ‘De Ente et essentia’, première ligne)

 

F      Définition de l’objet matériel et formel de la métaphysique.  Elle est définie soit comme la science des êtres immatériels et invisibles (l’âme et Dieu), soit comme la connaissance de l’au-delà des apparences des choses. De là, il est déduit que son objet matériel est autre  que celui qu’étudient les sciences positives. Mais dès lors, elle paraît appartenir au domaine de l’inconnaissable et des chimères. Retracer l’histoire de la philosophie devra servir à infirmer ou confirmer ce jugement de valeur, son appartenance au domaine de la connaissance plutôt qu’à celui de l’imagination.

F      Critique : Avant Aristote – qui nous a laissé des textes consacrés explicitement à l’objet matériel et formel  de la métaphysique – nous ne trouvons que ce qu’il faut bien qualifier d’approches malhabiles. Ayant fait le tour des objets formels des sciences de la nature, Aristote constate que l’objet matériel, commun aux sciences qui se distinguent par leur objet formel propre, (c’est à dire la nature) a, dans la diversité une qualité commune : l’être. Celui-ci communique à l’ensemble une sorte de fraternité. Après avoir distingué, ne convient-il pas d’étudier ce qui unit ?

F      J’ai lu des athées  qui partent de Platon et pensent que, par-dessus les époques et les siècles, Descartes et la lignée issue de lui reprennent leur recherche de là où elle s’était interrompue. Faisons le point de la situation : 1°- Platon n’utilise pas le mot ‘métaphysique’ car il n’en n’a en fait pas besoin. Il s’agit de développer une science suprême qui atteindrait ‘ce qui est au-delà  de la nature’. Le contexte est celui d’une philosophie idéaliste, soit au sens platonicien (lequel se révèle en réalité un hyperréalisme car par rapport à notre monde d’ombres, le réel authentique est le monde des Idées. ), soit au sens des philosophes modernes pour qui le monde des idées est l’intériorité consciente de l’être humain. Descartes cependant reprend encore Dieu comme référence suprême. Les successeurs, de diverses manières, s’en détacheront progressivement, jusqu’à aboutir à l’agnosticisme, puis à l’athéisme. Le nœud de la question est de savoir si, sous le nom de métaphysique, il faut réellement entendre ‘la science de l’au-delà de la nature ou science suprême’. 2°- Aristote, malgré l’attribution du nom à un successeur, édifie véritablement la métaphysique : le mot –méta (après) lui-même nous indique le chemin. Lorsque les diverses sciences de la nature auront exploré la totalité de leur objet formel, ne restera-t-il plus rien à rechercher et dire de cet objet matériel qu’est la nature ? Il semble que non car l’objet formel être  reste à prendre en considération. Il n’est donc pas question ici, comme il a été prétendu auparavant, de désigner comme objet formel et premier de la métaphysique ce qui serait l’étude d’un monde supérieur à celui de la nature, de vouloir dépasser la connaissance scientifique, d’une science suprême (qui rendrait toutes les autres inutiles ? puisque qui peut le plus peut le moins). La visée de la métaphysique est l’étude, dans la nature des choses, de ce qui est commun à toutes : l’être  et ce qui découle d’une telle étude, par exemple l’éthique, qui s’enracine dans l’ontologique.

F      La métaphysique est donc aussi une science et elle n’a pas la prétention de gommer les autres ni d’intervenir dans le domaine propre à chacune. Parmi les science, mais prenant la parole après, elle étudie l’être qui est comme à tout ce que nous connaissons. Il n’est pas question ici de Dieu et moins encore de religion. Aristote n’est pas un prédécesseur de Jésus ! C’est pourquoi, comme Socrate, il a été poursuivi pour impiété. Beaucoup plus tard, au moyen âge, par les arabes et les traductions de Guillaume de Moerbeke, l’œuvre d’Aristote et  de bien d’autres, arrivèrent  en Occident latin et chrétien. Aristote eut à nouveau contre lui les autorités religieuses, pour le même motif. Et Thomas d’Aquin qui continua dans la ligne, fut une première fois condamné…. Pour être reconnu et réhabilité lorsque le sens et la valeur de ses écrits furent mieux compris.

F       Pourquoi, alors, la métaphysique thomiste est-elle mise de côté, sinon au rebu ?Comment les athées expliquent-ils cet ostracisme ? Je cite ici un portrait éclairant donné par le site ‘L’Homme debout, défense de l’athéisme’ : « …ce que l'on appellera plus tard métaphysique est donc, dès le platonisme, nettement indiqué. Il apparaît ainsi que la métaphysique répond à la question la plus essentielle que puisse formuler un esprit humain : celle du fondement et de l'origine de sa propre pensée et, par là, celle de son rapport avec les choses. Chez Descartes, chez Kant, ce problème ne cessera d'être posé, en sorte que la métaphysique constituera, à travers les systèmes, une sorte de philosophie éternelle. »

F      Nous constatons le décalage présent par rapport à ce que nous avondit à propos de la visée aristotélicienne.

(à suivre)

 

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Le Dimanche 17 Janvier 2010
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